Mikael : danseur, éditeur de site, spécialiste seo, acteur… Dans la peau d’un “Slasheur”

Quand on lui demande ce qu’il fait dans la vie, Mikael Buxton répond : « t’as du temps devant toi ? ». J’avais du temps, alors je l’ai interviewé sur son parcours professionnel plus qu’atypique pour le 8e article d’Orenda Raconte.

Acte I : l’eurodance

Jusqu’au lycée, Mikael est victime de harcèlement scolaire. Parce que l’extérieur n’est pas sécurisant, à la maison, ce garçon curieux se réfugie dans différentes passions. Les séries, l’informatique, la musique... tout ce qui lui permet d’être dans sa bulle.

« Je pense que c’est en partie ce qui m’a permis d’arriver là où j’en suis aujourd’hui. Mes passions ont toujours été des refuges. Me plonger à fond dans mon truc me permettait d’échapper à tout ça. »

L’année du bac, on est en 1996 et Mikael se découvre une passion pour l’eurodance, un type de musique électronique popularisé dans les années 90. Il écrit alors des paroles en anglais, apprend à rapper et décide de monter un groupe. Porté par la passion, lui qui était alors un « timide maladif » monte sur scène, chante et danse.

« À notre grande surprise, ça a plutôt bien marché. On a tapé dans l’œil de la chaine de télé MCM qui faisait des sortes de radio-crochets en discothèque. On n’a pas gagné le concours, mais ils ont adoré ce qu’on faisait et ils nous ont demandé de performer sur toutes les dates du concours. »

Mikael et son groupe d’eurodance Magic E-Motion

De cette passion pour l’eurodance, né une nouvelle passion : la création de sites internet.

« À l’époque, on était aux débuts d’internet, et comme l’informatique m’intéressait, je me suis dit qu’on pourrait s’en servir pour notre groupe. Du coup, j’ai créé un site internet pour la première fois, avec Word 97 ! »

Acte II : le web

L’aventure eurodance dure deux ans, jusqu’à ce qu’un membre du groupe parte vivre dans une autre région. En parallèle, Mikael fait un BTS électronique et continue à explorer la création de sites web.

« Ça m’avait passionné, alors j’ai commencé à créer des sites web sur des sujets qui m’intéressaient et sur lesquels je ne trouvais pas trop d’infos sur internet. À l’époque, soit les sites étaient moches, soit ils donnaient très peu d’infos. »

Son BTS en poche, il découvre un monde du travail plus classique.

« J’ai bossé chez Mr Bricolage pendant 1 an et demi, j’ai travaillé chez Alcatel... Des boulots bien dans les rails, salarié, CDI, ce que la société attendait de moi, mais en parallèle j’avais toujours mes petits sites. »

Lorsqu’un sujet l’intéresse et qu’il ne trouve pas assez d’informations sur le net, il crée un site. Puis, il découvre que cette passion peut lui rapporter de l’argent grâce à la publicité.

« Quand les premières régies publicitaires sont arrivées, je me suis dit, pourquoi pas essayer. J’ai commencé à gagner 10 euros par mois, puis 50, puis 100, 200. Et là je me suis dit qu’il fallait que je creuse le sujet ! »

Aquariophilie, séries TV… les sites de Mikael génèrent du trafic et la publicité lui permet de gagner quelques centaines d’euros par mois.

« À l’époque, le SEO (ndlr : les techniques pour améliorer la position d'un site web sur les pages de résultats des moteurs de recherche) et la concurrence, ce n’était pas comme aujourd’hui. Comme je m’y suis intéressé dès le début, j’ai dégagé des revenus intéressants assez vite. »

En 2005, alors qu’il gagne régulièrement de l’argent grâce à ses sites internet, il décide de se lancer en tant qu’indépendant.

« J’étais toujours salarié, mais je voulais légaliser les revenus que je touchais. »

La même année, on annonce la sortie PlayStation 3, alors il décide de créer un blog sur l’actualité de la console. C’est un succès.

« Ça a très très bien marché. Il y a eu près d’un million de visiteurs par mois. Le site est même apparu sur des jaquettes de jeux, avec des extraits du blog. Il a atteint une reconnaissance incroyable ! »

Ce succès lui ouvre des portes, lui permet de travailler avec d’autres passionnés, de rencontrer des pointures du monde du jeu vidéo et de voyager.

« Ça a été une aventure incroyable, ça m’a permis d’avoir des jeux gratos, des invitations sur des avant-premières, à Los Angeles et partout en Europe, en voyage de presse. Enfin c’était ouf ! »

Porté par ce succès, Mikael crée, en 2007, un site sur le catch américain, une autre de ses passions.

« Petit, j’étais fan, je regardais ça en clair sur Canal avant que ça ne disparaisse de la télé française. Et puis en 2007, ils ont remis ça avec la TNT, et je suis retombé en enfance. Je me suis dit : j’ai réussi à rencontrer toutes mes idoles en créant un site sur les jeux vidéo, je vais faire pareil avec le catch ! »

Une nouvelle fois, le site cartonne et permet à notre passionné de rencontrer et d’interviewer des catcheurs américains.

Mikael avec Mark Henry, superstar de la WWE

En parallèle, cet autodidacte, qui n’a jamais suivi de formation en création de site ou en développement web, travaille dans une agence web qui l’a recruté grâce à ses sites.

« Ils m’ont fait faire un petit test et ils m’ont embauché. Je suis passé par différents postes chez eux : intégrateur, graphiste, développeur, et rapidement, ils m’ont demandé de prendre la tête du service SEO qu’ils venaient de créer. Je suis resté à la tête de ce service jusqu’à mon départ en 2017. »

En 2017, c’est le début de l’aventure 100% freelance. Mikael décide de quitter sa boite pour travailler aux côtés d’un client unique, son frère. 

« Il avait une boutique en ligne de luminaires flexibles, ça marchait très bien, et il avait besoin de créer un nouveau site et de relancer d’autres sites qu’il avait. C’était un gros travail, alors je suis parti à fond avec lui pendant 2 ans, 90 % de mon temps. »

Une fois ce travail terminé, Mikael se met à la recherche d’autres clients. Et il le fait comme il a toujours fait : il analyse ce qui existe, et met en place sa propre stratégie.

« Je me suis inscris sur des plateformes comme Malt, codeur.com, Fiverr… Et malgré mon expérience, ça ne marchait pas, parce que personne ne me connaissait. Aujourd’hui, tout le monde note tout le monde, donc moi Mikael Buxton, sur ces plateformes-là, j’étais juste un type avec zéro étoile. Alors, je suis parti sur une stratégie qui a très bien marché : j’ai regardé le prix moyen des gens qui faisaient comme moi, et je me suis mis en dessous. À l’époque c‘était à peu près 400 euros la journée en moyenne, alors moi je me suis mis à 300. Et ça a très bien marché. J’ai eu rapidement mes fameuses étoiles et j’ai pu augmenter mon TJM (ndlr : taux journalier moyen). »

En tant que freelance, Mikael n’a jamais eu besoin de prospecter. Les plateformes de mise en relation de freelances et d’entreprises lui ont apporté ses premiers clients qui lui sont restés fidèles, et le bouche-à-oreille a fait le reste.

« Aujourd’hui, 70% de mes prestations, c’est de la création, refonte et migration de site web (Prestashop et Wordpress), et 30 %, c’est du SEO-SEA (ndlr : référencement naturel et référencement payant). »

En mars 2023, Mikael a lancé sa toute première formation et première formation française sur Automa, un logiciel gratuit qui permet d’automatiser des tâches répétitives ou à faible valeur ajoutée sur le web. Elle s’est tout de suite bien vendue, notamment grâce à un partenaire clé, Romain Pirotte, un expert du SEO qui partage des techniques sur le SEO et le Growth Hacking sur sa chaine Youtube, qui compte près de 10 000 abonnés. Il l’a motivé à créer cette formation et lui a permis de profiter de son audience.

« Cette activité répond à mon envie de créer plus de revenus passifs. Ça me rapporte de l’argent en me prenant 3 à 4 heures par semaine maintenant que la formation est faite, et ça va me prendre encore moins de temps par la suite. »

Vous croyez que l’histoire s’arrête là ? C’est mal connaitre Mikael Buxton !

Acte III : le cinéma

En parallèle de ses activités sur le web, Mikael est également devenu acteur.

« Depuis tout petit, je m’amusais à répéter des répliques de séries tv que j’adorais. Je ne suis pas sur Paris, je ne connais personne dans le milieu, mais je me suis dit, je vais tenter ! »

Alors, lorsque qu’un de ses amis lui envoie une annonce de figuration pour le film Taken 3, il se dit que c’est un bon début.

« J’ai envoyé des photos, elles étaient ridicules ! Et ils m’ont proposé un rôle de mafieux russe. Ma réaction ça a été de me dire : attendez, mais vous voulez bien que je vienne ? Je suis allé à Paris, faire des essayages de costumes. Ça a failli capoter, parce qu’on devait tourner un vendredi, et le samedi je devais partir en Corse avec mon frère. La veille du tournage, je reçois un appel de la directrice de casting qui me dit qu’ils ont pris du retard et qu’on va tourner lundi. Et là je me suis dit, si je dis non, alors que je n’ai encore jamais travaillé avec eux, ils ne vont jamais me rappeler. Et en même temps je ne voulais pas planter mon frère. Alors je suis allé en Corse le samedi avec mon frère, et j’ai pris un avion le dimanche pour Paris. »

Sur ce premier tournage, il apprend que, lorsqu’on est figurant, on attend plus que l’on ne tourne. Qu’à cela ne tienne, des étoiles plein les yeux et l’envie d’entrer dans ce milieu, Mikael profite de ces heures d’attentes pour glaner un tas d’informations.

« J’ai commencé à me renseigner, pour comprendre comment ce monde fonctionne. J’ai pris toutes les infos possibles, qui fait quoi sur un plateau, quels sont les réseaux et les sites sur lesquels s’inscrire… »

De fil en aiguille, il écoute, apprend, et se fait une place.

« Si au début j’étais simple figurant, c’est-à-dire que je servais de déco, avec le temps j’ai commencé à avoir une réplique, puis un texte, puis un petit rôle. De petits rôles en petits rôles, j’ai eu assez de matière pour me faire un CV vidéo, ce qu’on appelle une bande démo, pour prétendre à des projets plus intéressants. »

Et comme toujours, il s’abreuve de connaissances. Il lit des bouquins, suit la masterclass de Kevin Spacey sur masterclass.com, achète des DVD de coachs, suit un stage de théâtre… Jusqu’à avoir ses premiers seconds rôles et rôles principaux dans des courts métrages et dans des séries, tout en gardant son activité de freelance.

« Mon activité d’indépendant me permet d’avoir une souplesse indispensable au niveau du planning. Je peux me permettre de prendre 1, 2, 3 jours ou plus pour un tournage sans aucun problème. Quand j’ai des rôles plus importants, j’ai besoin de plus de temps, mais l’avantage, c’est que je n’ai besoin que d’un PC et d’une connexion pour travailler, c’est tout à fait compatible. Si j’étais encore salarié, je ne pourrais jamais me permettre ça. »

Aujourd’hui, si le web le passionne toujours, s’il ne devait choisir qu’un seul métier, il choisirait le métier d’acteur, mais ne se berce pas d’illusions sur le monde du cinéma.

« J’ai de l’ambition. Je sais où je veux aller, je vais tout faire pour essayer d’y arriver, mais je sais qu’il est possible que ça ne marche jamais. Je ne sais pas quand sera la fin, mais ce qui est sûr, c’est que je vais prendre un maximum de plaisir. »

Quelque soit les projets, Mikael est toujours porté par deux choses : la passion et la persévérance.

« Je pense que c’est la passion qui fait que ça a toujours marché pour moi. À chaque fois, je pars de zéro, et je me sers de différents supports pour progresser. Être entrepreneur, monter des projets, c’est dur. Parfois on enchaine les échecs, a envie de baisser les bras, mais si t’as la passion et que t’es persévérant, tu vas avancer. Dans ton canapé, devant la télé, il ne va rien se passer, la chance ne va pas tomber du ciel. »

Le message de Mikael aux lecteurs d’Orenda Raconte

« Si quelque chose vous intéresse, vous stimule, demandez-vous si vous pouvez en faire un métier. Aujourd’hui, on peut trouver plein de ressources pour se former soi-même. Si vous n’êtes pas bien dans votre boulot, demandez-vous si vous pouvez faire de votre passion une activité professionnelle. Pas forcément à temps plein tout de suite, gardez votre emploi sécurisant le temps de tester ! Il n’y a pas de grand risque ! »

Les livres “déclic” de Mikael

📚 The power of the actor, d’Ivana Chubbuck : « il m’a ouvert les yeux sur des techniques incroyables, ça a été un game changing. »

📚 Un manuel d’ordinateur : « J’avais 7 ou 8 ans et mon frère avait un Amstrad CPC 464, l’un des tout premiers ordinateurs qu’on pouvait avoir à la maison. Avec cet ordinateur, il y avait un livre énorme, qui t’apprenait tout le fonctionnement de l’ordinateur et le langage basic, et tu pouvais t’amuser à créer des programmes en basic. Et dans ce manuel, il y avait des exemples que tu pouvais recopier et ça te permettait de créer des jeux, par exemple. Moi, je faisais bouger un carré de droite à gauche avec le joystick et j’étais comme un ouf : c’était moi qui l’avais fait ! »

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